Chapitre 10

Chapitre 10 "Les sarments de l'armistice"

Résumé du chapitre précédent

Atla est tombée, et le sang de ses défenseurs sèche lentement sur les ruines de ses remparts. Dans le palais de l’ancien gouverneur rebelle, la Cour s’endort paresseusement, et les ombres de la nuit donnent de nouveaux reliefs au décor de Guensorde.

Mais pas d’accalmie pour tout le monde, et, toujours au premier rang, Anverion devra lui aussi lutter pour une trêve.

Aldanor se demandait si elle ne regretterait pas son audace. Elle hésitait dans le petit matin, près du pavillon somptueux du Dieu Roi. Elle se gourmanda de sa couardise ; l’entrevue serait certes pénible, comme toujours avec lui, mais enfin, il n’allait pas la manger. Elle se rappela qu’elle ne devait surtout sous aucun prétexte montrer son angoisse, et c’est dans cet état d’esprit, partagée entre la détermination et l’anxiété, qu’elle s’adressa aux gardes qui baillaient devant l’entrée, pendant que Dricaion encore de quart effectuait sa dernière ronde.

Bonjour, Sergents. Je suis le Docteur Markan. Savez-vous si je peux voir Son Altesse ?

Je vais demander. ‘ttendez ici.

L’une des sentinelles entra dans la tente, et en ressortit en faisant signe à la jeune femme de venir. Lorsqu’elle passa devant lui, il lui souffla très doucement.

Faites gaffe. Il a pas l’air de bonne humeur. 

Quelque part, Aldanor préférait. Si l’Anverion de mauvaise humeur se montrait bêtement brutal avec elle, sa méchanceté était plus intense et plus raffinée lorsqu’il avait le cœur à s’amuser. Et elle n’avait rien que de très innocent à lui demander. S’il n’avait pas envie de jouer avec elle, il l’expédierait sans doute vite. Elle pénétra dans l’enceinte de toile et de cuir, et fut surprise de s’y retrouver seule.

Votre Altesse ?  hasarda-t-elle.

Qu’est-ce que vous voulez ?  lui parvint la voix dure d’Anverion au delà de la tenture qui partageait l’espace de réception de la partie privée de la tente.

Il n’était pas de mauvaise humeur, mais tendu. Il avait passé une bonne partie de la nuit à préparer le délicat dispositif diplomatique qui réconcilierait les clans ; et ses émissaires et spécialistes lui avaient assuré que les chances que ces derniers l’acceptent étaient au mieux faibles. Il devrait compter autant sur ses talents de persuasion que sur son autorité à cette occasion. Il ajusta sa couronne et passa de l’autre côté de la tenture, près d’Aldanor qui s’agenouilla précipitamment. Le divin monarque ne lui jeta pas un regard en se dirigeant vers sa table de travail, sur laquelle attendait un bol fumant, mais se sentit malgré tout étrangement satisfait de la présence de la jeune femme.

Alors, poupée, que faites-vous chez moi à cette heure-ci ?

Je suis navrée de vous déranger si tôt, Votre Altesse, dit elle en se redressant doucement. Je voulais vous demander…

Si le protocole vous permettait de vous relever avant que je ne vous en donne le droit ? Non.

Et d’un geste de l’index, il la remit à genoux pendant qu’il s’attablait.

À part ça ?

Aldanor leva les yeux au ciel et réprima une insolence. Elle était venue pour obtenir quelque chose d’Anverion, aussi obéit-elle.

Je voulais… je voudrais un laissez-passer pour quitter le campement aujourd’hui, Votre Altesse, s’il vous plaît.

Tiens donc ? Et peut-on savoir pourquoi ?

Nous sommes arrêtés près d’une vaste forêt, Votre Altesse, dans laquelle je pourrais peut-être trouver des plantes, ou des écorces rares pour préparer mes onguents et mes médications.

Serions nous déjà à court de réserves ? Il me semble que le Docteur Sharulís ne m’a rien indiqué concernant l’herboristerie.

Non, Votre Altesse. Mais j’ai l’habitude de cueillir mes simples moi-même, car…

Et bien, vous en changerez. Vous restez là.

Mais… Votre Altesse…

Il fronça les sourcils devant l’ébauche de contestation.

Je ne vous serais utile en rien aujourd’hui, enfin je le souhaite…

Vous ne m’êtes déjà pas utile à grand-chose en temps normal. Je me fiche que vous aimiez mieux aller cueillir des fleurs, aujourd’hui particulièrement, mais je veux toute ma Cour réunie autour de moi pendant l’entrevue.

Elle ouvrit la bouche pour insister encore, sans prendre garde aux nuances vert sombres qui envahissaient les prunelles de l’Obscur.

Je ne…

Vous vous tiendrez silencieuse et debout derrière moi avec vos pairs pendant que je conduirais les négociations ; et si j’entends un mot de plus, ce sera nue et à mes pieds que vous y assisterez. Ce qui serait assez au goût de ces barbares. Et au mien aussi, par ailleurs. Quelque chose à ajouter ?

Prudemment, elle secoua la tête.

Alors déguerpissez et tâchez de ressembler à une Dame, pour une fois.

Elle sortit en hâte du pavillon en réprimant un soupir. Dans son mécontentement, elle faillit percuter Geneio qui s’apprêtait à y entrer.

Tiens, Docteur Markan ? Est-ce vous qui faites la visite quotidienne de Son Altesse désormais ? ronchonna le vieil homme.

Oh, nullement, Seigneur Docteur. C’est un privilège que je suis ravie de vous laisser, croyez-moi. Sachant notre Dieu et Roi matinal, j’étais venue lui demander une faveur.

Mmmh, à vous voir, ma chère, j’ai l’impression qu’on vous l’a refusée, pas vrai ?

Elle lui expliqua la situation, en concluant :

 Je ne vois vraiment pas quel intérêt il a à avoir toute sa Cour, même nous autres médecins, plantés bêtement autour de lui.

Nous symbolisons, mon enfant, nous symbolisons. Son Altesse tient à montrer, par la présences des Seigneurs et Dames de l’Esprit, qu’il ne règne pas que par son ascendance divine et la force de ses armes, mais qu’il est aussi le garant du rayonnement des savoirs, des arts et de la science dans le royaume. Le rôle de courtisan est aussi, bien souvent, celui de figurant. Mais l’entrevue promet d’être instructive ; vous verrez sans doute notre divin monarque sous un jour différent. Vous ne connaissez, au fond, de lui que la brute ou le conquérant.

Aldanor le voyait déjà sous de nombreux aspects différents ; mais commençait à comprendre qu’il agissait essentiellement par calcul, en ayant toujours un but précis à l’esprit. Plus tard, alors que Morgiane torsadait laborieusement ses cheveux en une coiffure élaborée, elle réalisa qu’on ne l’avait pas surnommé l’Obscur en raison des aspects les plus sombres de sa personnalité, mais surtout pour son caractère insaisissable et changeant, impossible à cerner, encore plus à prévoir.

Elle termina de se rendre présentable, et se rendit auprès de l’estrade, située face à la forêt d’où devaient sortir, d’ici environ une heure, les chefs de clans et leurs dignitaires. Les soldats des régiments guensordais avaient déjà commencé à s’installer en un vaste demi-cercle autour de la plaine, eux aussi simples figurants de la puissance militaire d’Anverion. En face du trône pour le moment vide, on avait installé deux fauteuils de camp, sans magnificence mais confortables, et prudemment écartés. Peu à peu les membres de la Cour de Campagne firent leur apparition et montèrent s’installer sur l’estrade en fonction d’un ordre de préséance intransigeant qu’Aldanor ignorait bien entendu. Elle resta dans un coin en espérant apercevoir Dame Sharulís, ou Geneio et Temox puis se glisser près d’eux, mais dans la multitude de généraux, de conseillers, de diplomates et d’érudits, ainsi que leurs secrétaires et assistants, que le Dieu-Roi voulait comme décor, elle ne distinguait pas leurs silhouettes familières. Sur la cinquantaine de personnes, des deux races, qui se pressaient désormais derrière le trône encore innocuppé, elle ne put s’empêcher de constater l’importance du nombre de mâles.

Si les lois divines imposaient dès l’origine l’égalité entre mâles et femelles, le déséquilibre s’était vite installé après l’Ultime Guerre. Sans être opprimées, les femmes, Humaines comme Incarnées, s’étaient vues reléguées à des rôles secondaires. Mais les règnes de plusieurs reines énergiques et sages avaient assez récemment amélioré la condition des femmes à Guensorde. Postes, honneurs, droits et libertés, plus rien ne pouvait théoriquement leur être refusé du simple fait de leur féminité. Pourtant certaines parties isolées du royaume, dont l’Estivie, ignoraient encore largement ces avancées, et, à vrai dire, seules les jeunes femmes nobles et déterminées de la capitale comme Oulichnitza en jouissaient réellement.

Anverion pourtant, marchant dans les pas de son arrière grand-mère Oramastis, voyait cette libération d’un assez bon œil. Sans être un partisan des grands principes sociaux, il y trouvait surtout un moyen de gagner un grand nombre de sujets exploitables et de qualité, à la guerre comme ailleurs, et encourageait l’égalité et la parité. Mais malgré tout, dans le gouvernement, dans les académies et surtout dans l’armée, la disproportion entre hommes et femmes restait criante, notamment aux postes d’importance.

La Cour de Campagne, qu’elle voyait réunie pour la première fois, reflétait bien cet état de choses. Elle-même, éduquée dans les traditions estiviennes de supériorité masculine, ne s’en trouvait pas spécialement choquée. Bien sûr, en Estivie aussi les femmes étaient considérées comme capables de diriger un domaine ou de choisir leur vie ; par exemple sa sœur aînée Ancianor serait à la tête du domaine après la mort de leur père, mais toujours légalement soumise à l’époux que ce dernier avait choisi pour elle. Aldanor elle-même avait dû batailler ferme contre les convictions parentales pour partir au delà de leurs montagnes et devenir médecin, et promettre de toujours rester une fille honorable, vertueuse et obéissante. Elle repensait à ses serments avec nostalgie quand elle aperçut enfin le Seigneur Docteur et son assistant qui prenaient place. D’un bond elle fut près d’eux.

Un cor sonna. De la forêt sortirent au même instant, suivant une mise en scène soigneusement étudiée pour ne froisser aucune susceptibilité, Dush au Nord et Garda au Sud, chacun avec dix hommes de son clan comme garde d’honneur. Ils passèrent entre les deux régiments de fantassins emmenés par l’Obscur, qui se mirent au garde-à-vous, et prirent place sur l’estrade, devant le trône encore vide.

Le cor sonna une deuxième fois. Si la première sonnerie était un appel, celle-ci était une annonce. D’autres cuivres triomphants lui répondirent, et ce fut un Anverion superbe qui arriva depuis le campement, passant dans une haie d’honneur de cavaliers, suivi de Chenas, de la Garde Royale et des diplomates concernés par l’affaire. Toute l’assistance s’agenouilla à l’arrivée du Dieu Roi. Les deux chefs de clan hésitèrent un instant, s’envisageant avec mauvaiseté pour savoir lequel des deux ploierait le genou en premier. Ce fut finalement Dush qui s’exécuta et Garda ne fut pas en reste. S’ils ne voulaient pas perdre la face l’un devant l’autre, ils désiraient encore moins offenser le divin monarque. L’étalage de splendeur et de force avait eu son petit effet ; l’arrogance et la morgue des deux dirigeants étaient muselées.

Anverion monta sur l’estrade d’un pas assuré, se dirigea vers eux et les releva d’un geste aimable, un sourire étincelant flottant sur ses lèvres. Il s’assit le premier, puis leur indiqua leurs sièges.

Mes Sires Dush et Garda, veuillez vous asseoir. Si je suis heureux de vous rencontrer, je le suis moins en revanche de ce que l’on m’a rapporté sur vous. Vos querelles incessantes, me dit-on, ensanglantent ces territoires. Territoires sur lesquels vous vivez, mais qui sont miens avant tout.

Garda allait intervenir, mais la main levée d’Anverion l’arrêta. Les yeux du divin monarque prirent un éclat inquiétant.

Chaque Seigneur de Guensorde ne dirige que par ma volonté, Messire Garda. Si je décidais de vous ôter le commandement de vos montagnards à l’instant, rien ne m’en empêcherait. Tout pouvoir ici bas vient de moi. Vous êtes chefs, vous deux, mais avant tout, mes sujets que j’exige loyaux.

Sa souveraineté absolue ainsi réaffirmée, il radoucit le ton.

Pourtant, je ne souhaite pas vous écraser, ni l’un, ni l’autre. Les forestiers rouges comme les hommes de Durbal sont réputés valeureux et braves, et je préférerais les compter parmi mes amis que faire couler leur sang. Messire Dush, vous qui êtes le plus âgé, je vous écouterai le premier.

Dush, d’un ton saccadé, expliqua les raids incessants des montagnards sur ses terres, les pillages, et, avec quelques trémolos de fierté dans la voix, les ripostes sanglantes qui s’ensuivaient. Garda pendant son discours se tortillait sur sa chaise, crispait ses mains, manifestement avide de répliquer, mais craignant trop la réaction du divin monarque. Le forestier conclut sa péroraison :

Je ne laisserais jamais les terres de mes ancêtres et le peuple qui s’est confié à moi à la merci de cette racaille de la roche, jamais ! 

Anverion fronça un sourcil, mais inclina poliment la tête et invita un Garda sur le point d’exploser à parler à son tour. Il fut moins bref, plus passionné, expliquant avec de force gesticulations la grandeur de son peuple, confiné dans les montagnes qui ne pouvaient plus les contenir, le fort devant dévorer le faible, l’expansion nécessaire de son territoire et sa certitude qu’un grand roi comme Anverion devait comprendre sa position. Dush l’avait écouté sans frémir, mais on le sentait prêt à bondir de sa chaise pour étrangler Garda au moindre mot de trop. Aucun ne semblait prêt à céder quoi que ce soit à l’autre, et une paix imposée dégénérerait sitôt le Dieu Roi reparti.

Mais la haine semblait personnelle entre ces deux là. Anverion avait examiné l’attitude des accompagnants de chacun. Ils s’envisageaient sans aménité, mais on sentait que si on leur garantissait la tranquillité, ils pourraient très bien un jour partager une bouteille de vin en regardant passer les femmes. Au fond, seules les ambitions de Garda et les craintes de Dush alimentaient cette guerre.

Anverion reprit :

À ce que j’entends, vous voudriez chacun pouvoir vivre en paix sur vos territoires, mais ils sont trop exigus pour vous contenir tous.

Les deux chefs de clan opinèrent de mauvaise grâce. Le Dieu Roi s’anima.

Moi j’exige avant tout que cette guerre s’arrête. Et j’ai une solution qui nous satisfera tous. Que ceux parmi les montagnards et les forestiers qui souhaitent avoir des terres et de la fortune me suivent avec leurs familles. Vous savez sans doute que j’ai passé presque chaque habitant d’Atla au fil de l’épée. J’ai besoin de bras vigoureux pour la défendre et la reconstruire. Le domaine est assez vaste pour accueillir trois fois vos deux clans réunis, les plaines sont fertiles. Je donnerais à chacun un foyer, des esclaves et des possessions autour de la ville. Vous manquez de terres, vous avez trop d’hommes ? Je prends les hommes, je leur donne la terre. Mais ils ne seront plus de Geyar ou de Durbal ; ils obéiront au gouverneur que j’aurais choisi pour Atla et plus à vous. Vous-même pourrez continuer à diriger vos clans respectifs avec ceux qui restent, dans la limites de vos territoires ancestraux. Et je ferai sauter personnellement la tête du premier qui en passera les frontières sans y être invité.

Ils réfléchirent un instant, peu enthousiastes. Ce fut Garda qui osa :

Et si on refuse de perdre nos gars comme ça ? 

Vous les perdez déjà à la guerre, Messire Garda. Mais refusez donc, je vous laisserai vous entre-tuer tranquillement. Cela m’en fera moins à massacrer à mon retour.

Cette affectueuse précision posée, Anverion eut un large sourire et attendit. Dush intervint à son tour :

Il est possible que les hommes ne veuillent pas, Votre Altesse. Certaines familles sont installées dans notre forêt depuis des générations…

Et lorgnent sur les plaines depuis des générations, Messire, ne croyez pas que je l’ignore. Mais je vous laisse le temps de réfléchir. Je veux la paix entre vous et des colons pour Atla.

Il se leva majestueusement pour signaler que l’entretien était terminé, inclina gracieusement la tête d’un air satisfait, et quitta l’estrade sans ajouter un mot. Ce fut le diplomate Reginken, envoyé au Pic de Durbal, qui précisa :

Son Altesse signera le traité avec vous ce soir. Si il est satisfait, nous festoierons ensemble. Je ne saurais que trop vous conseiller, Messires, d’accepter sa généreuse proposition. Il est rare que notre Dieu et Roi se montre aussi clément avec des sujets aussi remuants que vous. À ce soir.

Puis il suivit le divin monarque de près. Toutefois, en passant devant la foule de la Cour encore assemblée, il la parcourut du regard, semblant chercher quelqu’un. Ses yeux bleus sombres s’arrêtèrent sur Geneio, puis se déportèrent très légèrement à ses côtés pour finalement se poser sur sa jeune compagne. Il lui sourit, eut un profond signe de tête respectueux pour elle à son grand étonnement, et disparut à la suite du roi.

Aldanor était abasourdie, par cette marque de respect inattendue d’un diplomate qu’elle ne connaissait pas, et aussi par le déroulement de la rencontre. De ce qu’elle savait de l’affaire avant l’entrevue, elle aurait cru qu’Anverion ferait preuve de dureté et punirait les deux chefs de clan pour leur guerre civile au sein de son royaume, ou qu’il s’allierait avec l’un pour éliminer l’autre. Mais, si sa solution était acceptée, l’Obscur y gagnerait non seulement la paix mais également une cité entière repeuplée d’hommes et de femmes fidèles à Guensorde au sein d’un territoire agité. Atla la rebelle serait devenue, en un mois, la ville du Grand Ouest la plus dévouée au Divin. Mais pourrait-ce être aussi une forme de clémence et d’aspiration à la paix chez Anverion ? Cela, elle était encore bien incapable de le dire.

L’Idée aussi, mais elle ne s’en étonnait plus. Elle était satisfaite de la rencontre, car de petits fruits mûrs prêts à coloniser d’autres esprits pendaient au bout de ses branches.

Car enfin…

– Voyez-vous ?

– On pourrait !

Après avoir regagné sa tente, Aldanor raconta à Morgiane ses deux sujets d’étonnement. Bien moins fascinée qu’elle par la personnalité du Dieu Roi, la muette semblait en revanche beaucoup plus intéressée par le salut de l’émissaire inconnu. Elle tapota les cheveux d’Aldanor avec un air satisfait.

Tu crois vraiment que c’est cette coiffure qui me vaut les hommages de ce Sire que je n’ai jamais vu de ma vie et dont je ne connais pas le nom ?

Morgiane hocha la tête en haussant les sourcils avec un air coquin.

Non, je ne crois pas qu’il ait été séduit au premier coup d’œil. Je te dis, j’ai eu l’impression qu’il me cherchait du regard, comme si lui me connaissait.

La muette porta la main à son oreille, puis ébaucha de la main le geste de parler et pointa son doigt sur sa compagne.

Ah, il est possible qu’il aie entendu parler de moi… Le nouveau jouet du roi, soupira-t-elle avec une pointe d’amertume. Ma grande gloire. Ce qui n’explique pas son attitude ; je ne crois pas qu’il soit d’usage de saluer les poupées à la Cour.

Alors qu’elles continuaient de s’interroger sur l’inconnu, l’un des messagers royaux s’annonça à l’entrée de leur tente. Il entra et tendit sans un mot un parchemin enroulé scellé de bleu et vert à Aldanor. Elle le remercia et attendit son départ pour le dérouler. Signé Anverion de Guensorde, Dieu et Roi de la Terre, c’était un laissez-passer absolu au porteur. Un morceau de feuille s’en échappa alors qu’elle l’étalait pour le contempler. Dessus, la même écriture, plus déliée, avait griffonné : « Allez donc me cueillir des fleurs, ma poupée ». Même Morgiane ne put s’empêcher de sourire.

Les deux femmes rassemblèrent les boîtes, les bocaux, les fioles, les ciseaux et les grattoirs dont elles auraient besoin et partirent gaiement vers la forêt profonde où étaient encore rassemblés les clans. Elles évitèrent soigneusement de s’approcher d’eux et s’enfoncèrent dans les bois. Aldanor aperçut une silhouette au Sud qui quittait le camp des montagnards pour se diriger vers elles, mais elle s’évanouit dans la broussaille. La chassant bien vite de son esprit, elle se mit à deviser plantes et onguents avec Morgiane et elles récoltèrent jusqu’au soir.

Anverion, parti chasser en attendant la signature du traité, retournait lentement vers son camp. L’araignée était revenue hanter son cerveau au fur et à mesure que le soir approchait. Son coup était risqué, il le savait, et la situation entre montagnards et forestiers pouvait vite dégénérer. Dush comme Garda n’aimaient pas sa solution. Toutes les éventualités s’entrecroisaient dans sa tête, et, bien qu’il ne montrât rien, la migraine commençait à lui vriller les tempes. Il rentra dans sa tente, et la douleur disparut aussitôt en voyant, délicatement posée sur sa table, une superbe branche de saule argenté.

La suite…

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