Chapitre 22

Résumé du chapitre précédent

Le Dieu Roi de Guensorde jubile. Aucune ombre tableau de sa victoire fracassante contre Ruz’Gar, le rebelle et ses sbires agonisent dans la douleur et la honte, la Cité s’est rendue sitôt son seigneur à Terre, et lui-même s’est affiché en combattant superbe et invincible.
Ou presque. Au contraire de son divin monarque, Aldanor fulmine contre lui, et même contre Geneio, alliés contre elle en refusant les sutures indispensables pour refermer l’inquiétante plaie ouverte au front d’Anverion. Elle demeure seule dans ses inquiétudes pour la vie du Dieu…

À la santé d’Anverion !

L’Idée avait frémi tout au long du combat.

Des espérances folles s’étaient allumées en voyant jaillir le sang du crâne d’Anverion. Si certains de ses projets étaient morts en entendant l’horrible et dernier cri de Ruz’Gar, elle comptait désormais sur la blessure pour… Mais pour quoi, au juste, vacillait-elle dans le crâne. Il s’était montré si puissant, leur divin monarque, lors de cet affrontement… Était-ce donc folie que de vouloir aller contre lui ? La puissance suffisait-elle à faire de lui un bon roi ? Non, l’Idée ne devait pas faiblir ! Il était trop tard, maintenant, et, si Anverion survivait à la plaie qui lui scindait le front, il faudrait mettre en place d’autres projets. Et, en entrant sous le pavillon à la suite du Conseil au grand complet, elle se mit déjà à rêver à ces autres projets.

Aldanor frémissait encore, elle. Elle n’osait pas, bien sûr, éclater contre son cher mentor, mais elle ne comprenait pas comment lui, le Premier Médecin Royal, avait ainsi osé laisser leur patient sans soins adaptés. Elle marchait à grandes enjambées, sans trop savoir ou elle allait, quand Temox, plus agile que son maître et amant, la rattrapa :

– Docteur Markan, s’il vous plaît ! Mon Seigneur voudrait vous parler.

– Pourquoi ne m’a-t-il pas soutenue, Temox ? Pourquoi n’a-t-il pas insisté pour que je le recouse… ou vous, ou lui ! peu importe ! Pourquoi laisser ainsi la tête du roi grande ouverte sous un simple bandage ?

– Il vous l’expliquera mieux que moi, ma chère amie, si vous voulez bien le rejoindre. Venez, et laissez là votre colère.

Ils revinrent tous deux sur leurs pas, en direction de Geneio qui avançait à son propre rythme.

– Vous vouliez me parler, Seigneur Docteur ? lui demanda Aldanor d’un ton un peu plus acerbe qu’elle ne l’aurait voulu.

– Vous êtes furieuse contre moi, mon enfant, je le vois bien, soupira le vieux médecin. Mais enfin, vous devez comprendre que, même si j’étais d’accord avec vous, nous ne pouvions forcer notre Dieu et Roi.

– Pourquoi pas ? Vous savez très bien qu’une telle plaie est un appeau à la gangrène ! Si l’infection s’y met, et que Wareegga nous en préserve, le roi peut très bien en mourir ! Il aurait…

– Plus bas, Docteur Markan, plus bas, je vous en conjure ! Nul autre que nous n’a besoin de connaître la gravité de la blessure, gronda Geneio. Et s’il ne veut pas se faire recoudre, nous ne pouvons pas l’y contraindre…

– Vous auriez contraint n’importe quel autre patient !

– Vous l’auriez peut-être fait, ma chère, vous. Mais moi pas. Ce n’est pas parce qu’il s’agit de Son Altesse, mais c’est qu’il s’agit de son consentement, libre et éclairé, aux soins, qu’il nous a refusé.

– Libre et éclairé ? Mais enfin, Docteur Fóros, il n’était plus du tout lui même ! Il était ivre de sa victoire, complètement euphorique ! Il se croyait invulnérable ! Et ce soir, quand la douleur viendra le hanter, il sera encore trop arrogant pour venir nous demander du secours et revenir sur sa stupide décision !

– Sa décision, pour stupide qu’elle est, n’est pas le fruit d’un excès de joie. Je le connais, mon enfant, je le connais depuis bien longtemps, et je sais pourquoi il a refusé d’être suturé…

Geneio baissa encore la voix, et s’appuya sur le bras d’Aldanor un peu déroutée.

– À vous, maintenant, je peux le dire, commença-t-il, mais surtout, que cela reste entre vous et moi… Cela remonte à très, très longtemps… Vous avez déjà entendu parler du mal mystérieux qui afflige le prince Mektaion, je suppose ? Et bien, moi je n’y crois guère, car il m’en a toujours semblé atteint… mais le roi pense que cela vient… d’un coup, d’un coup d’aiguille que… qu’il aurait reçu étant jeune. Depuis qu’il a assisté à cette scène tout enfant, qu’il a vu son petit frère une longue aiguille plantée dans le crâne, il en a une peur terrible.

Aldanor se mordit les lèvres pour ne pas rire. Le féroce Anverion, qui fonçait sur l’épée de son ennemi, en riant, sans même un bouclier, aurait peur des aiguilles ?

– Pas une seule fois, il ne m’a laissé l’approcher une aiguille à la main. La seule fois où j’ai pu le recoudre, il était endormi et…

Le vieillard s’interrompit, ayant vu une petite lueur malicieuse danser dans les yeux de sa consœur.

– Oh ! Aldanor, ma chère, vous n’y pensez pas ?

C’est en vainqueur triomphant et magnanime qu’Anverion avait fait son entrée dans Esc’Tag l’après-midi même. Avant cela, il avait fait proclamer de par la ville que les soldats et les prêtres de Ruz’Gar qui viendraient déposer les armes devant lui et lui jurer fidélité ne seraient pas inquiétés, mais enrôlés dans son armée. Les généraux, qui avaient tous assistés au duel, furent fait prisonniers avec ordre de bien les traiter. Le démantèlement de l’armée ennemie ne fut pas long ; comportant peu de soldats de métier, ceux qui n’étaient qu’artisans, ouvriers ou paysans furent laissés libres de continuer leurs occupations. Avant la rébellion de Ruz’Gar, la cité était prospère, comme principal point d’entrée de la région. Les marchands de tout le royaume y convergeaient, ainsi que des érudits et des artistes : aussi Anverion ne voulait surtout pas la ruiner de ses hommes et de ses ressources, mais en refaire l’un des joyaux de sa couronne. Il tenait à la fidélité de cette région opulente, où abondaient le minerai et le bois, et dont les vallées se montraient fertiles.

Il ne fit pas preuve d’une telle clémence pour tous. Aux côtés des corps empalés de Ruz’Gar, ses fils, Fortha et ses irréductibles, il fit exposer les têtes d’autres rebelles, notamment d’un petit groupe d’Incarnées restées en ville, qui s’étaient cloîtrées dans une des riches demeures de la cité, et tiraient au petit bonheur la chance sur les soldats qui patrouillaient dans les rues avoisinantes. Ses espions lui indiquèrent également qui, à la Cour seigneuriale, avait fait preuve de trop d’ardeur séparatiste, et pour ceux là non plus point de miséricorde.

Une fois justice faite, il ordonna que l’on pavoise les rues aux couleurs de Guensorde, puis il revêtit ses plus beaux atours et ceignit sa couronne. Malgré le bandage autour de sa tête, il avait l’air formidable sur son cheval, éblouissant de force et de splendeur, au sommet de sa gloire. C’est ainsi qu’il traversa Esc’Tag, sous les acclamations de ses soldats et des habitants médusés, qui se demandaient si c’était bien là, dans ce jeune Dieu superbe et généreux, l’infâme tyran cruel dont on leur avait fait tant de mauvais contes. Il fit une longue parade dans les rues, ses Quatre et le régiment royal défilant derrière lui, tous nimbés du triomphe du divin monarque, au son retentissant des tambours et des cuivres qui annonçaient son arrivée vers la citadelle. Les armes, les armures et les instruments jetaient des éclats de lumière sur les drapeaux qui claquaient sous un vent bienveillant ; un soleil radieux illuminait le cortège, et tous les Dieux semblaient se manifester aux côtés de leur homologue terrestre une fois de plus vainqueur. Anverion, magnifique, exalté, faisait caracoler son cheval, et emportait avec lui bien des cœurs au fil de son ascension vers la forteresse.

Il s’y installa, ainsi que toute sa Cour, et fit jeter à terre le magnifique trône que Ruz’Gar s’était installé. Il ordonna que les dorures en soient fondues, les pierreries retaillées et que les richesses ainsi accumulées soient redistribuées aux pauvres de la cité. Il fit installer ses appartements dans ceux de l’ancien seigneur, mais refusa que l’on expulse sa timide épouse et leur unique fille de la tour des Dames qu’elles occupaient ; connaissant le maître des lieux, elles n’avaient pas eu leur mot à dire dans la rébellion, et n’étaient coupables de rien. Tremblantes et effacées, elles étaient venues le saluer et implorer sa pitié lorsqu’il avait démonté dans la Cour du château. Le Dieu Roi les avait galamment relevées, et leur avait assuré qu’elles n’avaient rien à craindre de lui. Il avait un temps envisagé de placer Taa’lag, la fille de Ruz’Gar, à la suite de son père afin d’assurer une forme de continuité dans le gouvernement, mais la jeune Incarnée, brimée toute sa vie pour avoir commis l’irréparable erreur d’être née femme, n’avait pas la trempe d’un gouverneur. Tant pis ; il ne manquait pas d’hommes et de femmes de valeur qui seraient ravis d’un tel poste. L’urgence n’était pas là ; le divin monarque avait d’autres désirs.

Il semblerait que le Dieu Roi ait eu plus d’appétit qu’un barracuda</span

ce soir là. Tout le monde sait que les sirènes du port d’Alexandrie chantent encore la même mélodie… Mais cette mélodie que vous avez maintenant dans la tête (de rien), qui la chante ?

Cliquez pour accéder à la suite:

A) M. Pokora

B) Claude François

C) Quelle mélodie de quoi ?

Les héraults du roi

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