Chronique: La déréliction de la chaussette trouée

La déréliction de la chaussette trouée

Auteur : Geoffrey Marchand

Édition : Inceptio

Novembre 2018

Tiens donc, une histoire de gens enfermés, penchés au travail sur leurs écrans, n’osant pas sortir par peur de respirer, voilà qui devrait me changer les idées, me suis-je dit en sélectionnant ce livre parmi les titres d’Inceptio, une maison d’édition que je voulais découvrir.

Il s’agit seulement d’une dystopie, après tout. Arf.

Résumé :

Depuis que l’air est devenu irrespirable, les gens ne sortent plus de leur appartement. Les portes des immeubles sont scellées, tel l’entrejambe d’une chrétienne prémaritale.

Alors Vincent, programmeur, occupe ses journées de lignes de code, de sandwichs lyophilisés et de porno sur le web.

Sa vie est insipide.

Jusqu’au jour où apparaît sur son écran un message gouvernemental. Roulements de tambours et musique à crissement, sa vie bascule. L’acharnement ubuesque qu’il a donné pendant tant d’années à maintenir sa vie dans la banalité la plus inintéressante vole alors en éclat. La prison le guette, les cyber-terroristes l’espionnent. C’est la merde.

Je dois avouer l’avoir lu à la peine, au moins pour la première moitié, mais d’une traite pour la suite. Contrairement au héros pour qui la situation empire et dégénère tout au long du livre, pour le lecteur, la situation ne fait au contraire que s’améliorer. On part d’une espèce de contemplation un peu morne, enfermés avec Vincent dans son appartement avec une intelligence artificielle qui ne semble n’être là que pour réveiller un peu le texte à coups de sarcasmes, qui permet une présentation de l’univers et de ses règles, indispensable au genre, mais bien trop longue. Le pari du huis-clos angoissant est hélas perdu, en partie à cause des interventions du bot (Léon), et surtout car de nombreuses échappatoires à travers les rêveries un peu mièvres du personnage principal viennent casser cet enfermement. Un peu dommage, mais ces plongées douceâtres rendent au moins le personnage bien plus complexe et attachant qu’il ne se voudrait, lui qui n’aspire au début qu’à la banalité la plus sordide.

La situation se met finalement en place, tout doucement, et on a une formidable cassure de rythme après cette langoureuse introduction de cent cinquante pages quand tout s’emballe enfin, et se précipite vers une espèce de chaos d’action et de discours bien construits, bien imaginés, et bien écrits. L’auteur a un talent indéniable pour les comparaisons amusantes, et le prouve, le reprouve, et le reprouve encore, tant et si bien que si les figures de style demeurent isolément percutantes et drôles, leur accumulation semble un peu artificielle.

Le twist concernant le désormais héros de l’aventure est un peu gros, trop même pour qu’on y adhère complètement, mais embarqués dans l’action, on s’y laisse prendre, avides de comprendre et de savoir la fin.

Et cette fin, mes amis, croyez-moi, elle vaut le coup, avec une réflexion d’une intelligence pointue, pertinente et créative sur les possibles mutations de la société et les actions politiques (c’est bien plus précis que ça, mais qu’on m’arrache la langue et les doigts plutôt que de vous gâcher cette fin). Je ne regrette absolument pas de m’être un peu forcée à continuer ma lecture, et j’attends avec impatience les prochains ouvrages de Geoffrey Marchand.

Tom Larret

Se procurer le livre :

Sur Inceptio

Sur Amazon

Sur Fnac. com

Sur Babelio

Les héraults du roi

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