Chronique: Et demain, l’éternité

Suivons le mouvement: Les jeux concours de Guensorde

Et demain, l’éternité

Auteur : Virginie Sarah Lou

Édition : Nouvelle Bibliothèque

Mai 2019

Suivons le mouvement: Les jeux concours de Guensorde

Si je ne devais écrire qu’un seul mot à propos de Et demain, l’éternité, ce serait prometteur.

Voilà, voilà.

Tom Larret.

Résumé :

Juliette va avoir 30 ans. C’est le moment de faire un point sur sa vie. Elle nous replonge avec elle 8 ans en arrière, lorsque tout a basculé suite à la découverte d’un simple objet. Elle si cartésienne, se retrouve alors confrontée à des événements surréalistes. Tout s’enchaîne très vite. Elle découvre qu’avant Juliette, elle existait en tant qu’HERI, un archange très prometteur, mais au tempérament peu adéquat pour les Cieux. Quelle faute a-t-elle bien pu commettre pour que sa vie angélique chavire et qu’il soit décidé de la renvoyer sur Terre ? Sa mémoire revient au fur et à mesure grâce aux acolytes qui l’accompagnent dans cette aventure irrationnelle, dont le Créateur, à bout de souffle et proche d’une retraite bien méritée… Elle découvre les voyages astraux et se retrouve ballotée entre 2 vies / 2 mondes : le passé va rattraper le présent et tout bouleverser. Une vie humaine facile, bien rangée, et une vie angélique faite de rébellion et de passion. Sa vie terrestre – l’ultime – est une épreuve de rédemption. Juliette va devoir affronter ses propres démons pour entrevoir qui se cache réellement derrière son âme….

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Non, développons un peu, le roman, malgré de grosses faiblesses heureusement rattrapées par des points forts supérieurs en terme d’importance, mérite qu’on s’y attarde un peu plus longuement. On débute hélas par un prologue peu accrocheur, mais qui invalide surtout toute la tension (pourtant merveilleusement bien ficelée si l’on arrive à faire abstraction de ce foutu prologue) pour conclure sur un épilogue un peu mièvre qui vient gâcher une fin spectaculaire et fichtrement bien imaginée. Ça commence pas très bien, ça finit bof, et c’est un pur gâchis que ces pages-là car le reste du texte porte en lui d’excellentes choses. Mais comme le passage au laminoir intervient avant le regonflage d’ego, et a moins de valeur, je m’en vais d’abord vous toucher un mot ou deux de ce qui pique.

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D’abord le style d’écriture, dont la platitude latente permet au moins une facilité de lecture et une fluidité crémeuse dans les transitions. C’est terne, c’est fade, ça manque de patte comme une soupe d’endives (dans laquelle surnagent quelques croûtons aux herbes qui seraient les scènes assez visuelles qu’on peut y lire tout de même et une poignée de vermicelles* comme autant de rares traits bien trouvés). Ensuite, les dialogues, assez artificiels, que j’ai du pour les rendre vivants lire à voix haute avec la voix de Daffy Duck, et encore, c’est parce que je fais très bien Daffy Duck.

Et enfin, dernier point, les personnages, qui dans un roman qui proteste pourtant violemment contre le manichéisme, sont une collection de stéréotypes improbables. Vous avez déjà croisé, vous, un type tellement bien foutu et sensuel qu’il fait augmenter la température des corps à 192° au plus petit bisounet ? Ah ben si, regarde, là, le mec avec les lèvres carbonisées et de la cendre plein la chemisette… **

Ils sont nombreux comme ça, mais un se distingue, et je félicite l’auteure pour ce portrait là, c’est celui du Créateur. Pari difficile de recréer Dieu en littérature, mais pari gagné pour Virginie Sarah-Lou. Si ses lignes de dialogue ne sont pas beaucoup plus crédibles, il a quand même de l’originalité et de la personnalité.

Contrairement à l’héroïne, qui, bien que supposée en avoir deux, se réduit à pas trop belle, futée, peu confiance en elle, ce qui au moins facilite l’identification du lecteur. Sauf quand elle accepte de passer de fille banale à Archange sans s’y attarder plus longtemps que sur un changement de chaussettes. Moi, ça m’aurait pris plus de temps pour digérer l’information. Mais faut qu’on m’explique longtemps les choses, j’avoue. Ce qui est dommage, c’est que, malgré l’utilisation de l’écriture subjective (à la première personne du singulier), on ne distingue aucun changement entre ce que pense ou dit Juliette ou son double archangélique Héri, sauf à passer de la voix de Daffy Duck à celle de Donald (je fais très bien tous les canards en général). Et enfin, les parents de Juliette, qui ne sont apparemment ni des êtres humains, ni des Anges, mais des Furbys. Crrrrrr… Ze t’aime… Crrsssh… Fais-moi un câlin…Crrssh… Tu es super !

Et pourtant.

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Pourtant. J’ai beaucoup aimé cette lecture. Ce premier roman fourmille de créativité et d’idées formidables. Il suscite, que l’on adhère à une forme de Foi ou pas, des réflexions d’ordre spirituelles et/ou philosophiques sans forcer le lecteur et sans rentrer dans d’ennuyeuses dissertations. Les sentiments amoureux et l’amour en général sont évoqués avec beaucoup de délicatesse et de subtilité, en contraste bienvenu avec l’action. L’histoire en elle-même est ultra créative et palpitante, j’ai fait abstraction de tout le reste (même des canards et des chaussettes) pour me plonger dedans, le développement du scénario vous happe, on ne s’ennuie pas une seule seconde, et les enjeux narratifs réussissent complètement le pari d’emporter l’intérêt et la totale adhésion du lecteur. On a une belle grosse surprise que je serais bien malhonnête de vous gâcher, une tension qui vous écarquille les paupières du début (prologue excepté) jusqu’à la fin (épilogue excepté). Il y a dans ce texte une force de l’imagination et une intelligence puissante qui en font, malgré ses défauts, un excellent moment à passer.

Je crois donc très sincèrement que l’auteure va continuer à créer de telles histoires en améliorant ce qui ne tient, en réalité, qu’à des effets de forme, et je souhaite les lire très rapidement.

Tom Larret

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* Du coup, y’a quand même de la pate. Mouarf.

**Je suis de mauvaise foi sur cet exemple, lisez le livre, vous comprendrez.

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Les héraults du roi

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