Chapitre 3, Tome 2

Résumé du chapitre précédent

Aldanor remporte à son tour une semi-victoire sur le divin monarque, qui a bien d’autres choses en tête. Malgré le voile opaque qui entoure l’identité de Compagne Fidèle, il tente tout de même de pénétrer l’esprit de son ennemie pour anticiper ses manoeuvres les plus retorses.

Chapitre 3: Sacrifices et vocations

– Tu sais, mon doux Seigneur, loin de moi l’idée d’usurper tes prérogatives, mais je crois bien que Sa Seigneurie est malade, commenta Temox en refermant soigneusement derrière Chenas les pans de leur vaste pavillon.

– Vraiment? Et de quoi crains-tu que le Conseiller Suprême de Son Altesse puisse être atteint?

– Oh, le diagnostic, je te le laisse, moi je n’ai observé qu’un symptôme fort inquiétant chez lui… C’était certes discret, mais tout de même bien trop inhabituel pour ne pas être pris en considération. Te rends-tu compte qu’il m’a adressé un signe de tête?

– Bigre! En effet, si Sa Seigneurie commence à développer un syndrome de courtoisie, il y a tout lieu de craindre pour sa santé! s’amusa Geneio. Après, je pense que cette manifestation délétère d’amabilité n’est due qu’à une indisposition passagère résultant de la nécessité ou se trouvait le malade de nous gagner à son opinion.

– Il n’avait pas besoin d’en arriver à de telles extrémités, tout de même!

Le Seigneur Docteur ne répondit que par un sourire triste, replongé dans une problématique qui le hantait depuis plus de cinquante ans, et que chaque année avait rendue plus épineuse encore. Lorsqu’il avait engagé Temox comme assistant, il n’avait pas songé que le jeune paysan, dont il n’avait considéré que l’intelligence vive, la mémoire prodigieuse et le sourire envoûtant, aurait tant de mal à trouver sa place auprès de lui. Leur relation, personnelle comme professionnelle, avait été faste et prospère, mais le tandem constitué par l’éminent Docteur Fóros, à la naissance et à la formation prestigieuse, et l’humble Temox, un manant qui n’avait jamais vu de précepteur, avait heurté dans les hautes sphères de l’aristocratie où il exerçait.

Avec une brutalité insidieuse, on avait fait comprendre à l’assistant que seules ses affinités particulières avec Geneio lui avaient octroyé une place que ses origines médiocres auraient du lui interdire. L’un comme l’autre en avaient terriblement souffert, et même si leur attachement mutuel et leurs compétences personnelles avaient su faire taire bien des ricanements méprisants, le Premier Médecin du Roi regrettait parfois que ses ambitions eussent confronté son bien-aimé à de telles disgrâces.

Et Chenas avait été, avec Rial’Als, l’un des principaux artisans de leur misère. Lorsque le Docteur Fóros avait été nommé par feu le Roi Hallouís en tant que Second Médecin de la Cour, malgré les recommandations chaleureuses du Seigneur Docteur Vasíl, la reine et son frère s’étaient violemment insurgés contre la présence d’un tel duo auprès du jeune prince Anverion, dont les mœurs et l’extraction seraient, au mieux, un exemple pernicieux pour Son Excellence. Mais l’Explorateur et son Médecin n’avaient pas cédé, Geneio et Temox s’étaient donc installés à la Cour, où Rial’Als s’était vengée sur eux de sa défaite.

Aussi l’attitude presque amène de son frère durant leur bref entretien sous le pavillon avait eu de quoi surprendre les deux amants.

– Je suppose que tu vas te ranger à son intention? reprit Temox.

– Tu connais toute mon estime pour Sa Seigneurie, mais il faut bien admettre que son idée est bonne… Et c’est Son Altesse, au final, qui jugera…

– Ah mais l’idée du Conseiller Suprême est excellente! Tout autant que sa mise en œuvre, d’ailleurs… Non content de s’épargner tout le travail, il te confie même le soin de la proposer à Son Altesse qui ne manquera pas de ronchonner. Et quand tu seras parvenu à le convaincre après une longue et pénible argumentation, Sa Seigneurie pourra s’en attribuer tout le mérite. Voilà un ministre qui connaît son métier!

– Je vais changer de carrière, alors… soupira Geneio. Tu vas devenir ministre et moi je me chargerais de trouver de bonnes âmes pour travailler à ta place. Et je m’en vais commencer de ce pas en m’assurant la collaboration du Docteur Markan sur cette affaire.

Temox leva un sourcil étonné.

– Pauvre petite… Tu vas vraiment la traîner avec toi devant notre Dieu et Roi pour qu’elle subisse ses grognements rageux?

– Si je pouvais faire autrement… J’aimerais mieux, bien mieux! pouvoir éviter à la chère enfant toute confrontation avec le divin monarque, connaissant leurs caractères respectifs et les réactions d’Anverion, mais enfin… Il m’apparaît, disons, préférable, de l’y accoutumer en ma présence. Ne sera-t-elle pas ainsi mieux armée lorsque nous lui aurons abandonné notre souverain?

– Pauvre souverain, alors, pouffa l’assistant. Fort bien, je vais la chercher, et je pense même l’inviter à dîner ensuite.

– Tes idées sont bien meilleures que celles de Chenas, mon cher ami.

Le plan du Premier Conseiller était pourtant fort bon. Pendant la suite de la marche, il avait repensé à sa conversation avec le Dieu Roi, et en avait tiré deux conclusions: Fidèle allait sans aucun doute tenter de faire assassiner le divin monarque, et ce dernier ne lui faisait plus assez confiance pour tenir compte de ses avis. Pire, même, il pourrait en venir à la méfiance. Par conséquent, trouver le moyen d’empêcher l’assassinat le remettrait dans les bonnes grâces de Son Altesse. Et il n’envisageait que le poison comme moyen vraisemblable pour l’hérétique de parvenir à ses fins.

Aussi il avait chargé le Seigneur Docteur de préparer et de faire avaler à Anverion quelque remède préventif jusqu’à ce que les Compagnons soient mis hors d’état de nuire. Le Roi n’apprécierait sans doute pas la plaisanterie, mais, une fois son mécontentement passé sur Geneio, il saurait gré à son oncle de ses prévenances.

– Pourquoi Son Altesse se courroucerait-elle à ce sujet? demanda naïvement Aldanor à son mentor qui venait de lui expliquer la manœuvre.

– Il déteste être mis en face de ses propres vulnérabilités, mon enfant, je ne vous apprends d’ailleurs rien de bien nouveau…

– Non, mais si des assassins sont après lui, la précaution est tout de même raisonnable! s’entêta la jeune femme. Et le sacrifice qu’on exige de sa divine personne n’est pas si grand pour les bienfaits qu’il en retirera.

– Oh, il ne l’ignore pas, pas du tout. C’est bien d’ailleurs pour ça que nous allons parvenir au final à lui administrer mon petit électuaire.

Geneio sourit à la préparation devant lui.

– Mais pour commencer, notre divin monarque va s’y opposer par principe et à l’encontre de toute logique?

– Exactement! sourit le vieux médecin. Et n’oubliez pas non plus l’agrément qu’il trouve à contrarier ses archiatres, mon amie. C’est l’une de ses petites joies simples dont il serait bien cruel de le priver.

Aldanor leva les yeux au ciel, amusée. Dans le regard de Geneio, Anverion apparaissait souvent comme un gamin adorable, capricieux et perdu, dont l’existence excusait tous les travers. Et il l’avait probablement été, songea-t-elle en pesant méticuleusement la pâte noirâtre que Temox lui tendait. Mais le môme en question dépassait désormais les six pieds et demi de haut pour cent quatre vingt douze livres de muscles, ce qui devrait lui valoir des gélules de cinq deniers et un quart, et certainement pas tant d’indulgence. Elle confirma son dosage en vérifiant la formule mise au point il y a des années par le Docteur Fóros à l’intention toute spéciale du Dieu, et dont il emmenait partout les ingrédients de base.

– Notre divin monarque a-t-il déjà subi des tentatives de ce genre? demanda-t-elle en façonnant les pilules.

– Je n’en suis pas certain… L’action des poisons les plus courants est assez différente sur les natures divines, ce qui les rend parfois bien inopérants, mais surtout, oh, surtout, bien plus délicats à identifier. Mais je ne me souviens que de deux épisodes qu’on pourrait, allons, qualifier à la limite de suspicieux… Il était fort jeune, à cette époque, bien sûr… Encore bien fragile…

Temox éclata de rire.

– Fragile? Quand est-ce qu’il a été fragile? Lorsque tu as souhaité l’examiner pour la première fois, notre fragile petit prince de trois ans a refusé si catégoriquement qu’il m’en a fait mordre les dalles du palais, je te rappelle. Et moi je n’étais pas spécialement frêle, pourtant.

– Tu n’aurais pas dû essayer de l’attraper, je te l’ai dit cent fois, rétorqua Geneio.

– Si je n’avais pas essayé de l’attraper, tu n’aurais pas réussi à l’examiner, je te signale!

Temox avait pris un grand air faussement offusqué.

– Vous avez donc fini par l’attraper, messire Temox? demanda la jeune femme, curieuse.

– Oh, bien sûr que non. Mais mon doux seigneur rusé a su profiter de la situation. Il s’est agenouillé à côté de moi encore tout hébété par la chute pour faire semblant de vérifier que je n’avais rien de cassé…

– Je n’ai pas fait semblant! Et tu n’avais rien de cassé, en plus!

– Et il a commencé à m’ausculter soigneusement en ignorant parfaitement Son Excellence, qui a très mal supporté qu’on ne lui prête plus aucune attention. Puis il m’a entraîné vers son bureau en prétextant que j’avais besoin d’une attelle de toute urgence. Vous imaginez bien que notre fragile petit prince en a été incroyablement vexé, surtout au moment ou Geneio m’a dit d’une voix claire et sonore: «Je vais devoir te poser un bandage, lui, on verra plus tard».

Aldanor s’esclaffa, admirative.

– Et j’imagine qu’après ça, il a consenti à se laisser examiner pour conserver toute votre attention?

– Oh, il a boudé, bien sûr, répondit Geneio, encore fier de son astuce. Il a boudé assez longtemps, même, mais enfin… Nous y sommes parvenus.

– Au prix d’un spectaculaire hématome sur le coude, ajouta Temox, attendri malgré tout.

– Une vie de sacrifice est le sommet suprême de l’art, disait le directeur de l’Académie de Yaakan, commenta Aldanor. Dire que nous autres étudiants pensions qu’il cherchait juste à nous épouvanter…

– Il cherchait à vous épouvanter, bien sûr, répondit Geneio avec assurance. Ce qui ne l’empêche en aucun cas d’avoir raison. Mais il aurait sans doute du vous le prouver par son exemple.

– Il n’y a pas manqué, Seigneur Docteur. L’une des patientes de l’hospice, une dame dont l’esprit s’était altéré, n’acceptait de prendre quelque traitement que ce fût sans contrepartie. Et la seule contrepartie qu’elle acceptait était le droit de taper sur la tête du directeur. Il a par conséquent reçu une quantité non négligeable de calottes.

– Eh! Si Son Altesse en avait eu aussi sa part, nous n’en serions pas là…

– Temox, voyons! gronda gentiment le Premier Médecin. N’exagérons tout de même pas. Je suis sûr que tout se passera bien. Si vous êtes prête, mon enfant?

– Je vous suis, répondit Aldanor en refermant l’un des deux boites garnies d’antidote qu’ils avaient préparé.

Elle les glissa dans sa sacoche, et emboîta le pas au Premier Médecin en direction du pavillon royal monté non loin. Malgré les instructions et la présence rassurante du Seigneur Docteur, une certaine anxiété avançait avec elle. Si elle n’appréhendait pas le refus d’Anverion, ni même son mécontentement au sujet du contrepoison qu’ils lui amenaient, elle se tourmentait encore des suites de la fiévreuse déclaration qu’elle avait repoussée. Entre les doutes et l’inquiétude que le comportement du Dieu lui inspirait, elle devait, pour pouvoir tout à son aise se fustiger de sa conduite, repousser loin dans son esprit l’attirance féroce qu’Anverion lui inspirait et se contraindre à plus de dignité en sa fascinante présence.

Cela avait été facile, tout à l’heure, après tout, se sermonna la doctoresse. Toute son attention s’était portée sur l’homme au crâne enfoncé, qui convulsait à ses pieds, et lui venir en aide était bien plus important que les sourires enjôleurs du Roi. Mais, après avoir annoncé et expliqué la mort du blessé au divin monarque, quand ce dernier l’avait congédiée de son habituel geste désinvolte, n’avait-elle pas discerné dans ses beaux yeux verts une étincelle furtive, aussi captivante que menaçante?

Elle effleura d’un pouce caressant le blason de sa patrie, symbole rassurant et évocateur, cousu par sa propre sœur sur le cuir de sa sacoche. Geneio remarqua son geste et la couva d’un sourire amène.

– Vous voilà enfin méfiante, ma chère. C’est bien, c’est très bien! Oh, bonsoir, Capitaine Horvà.

Nevjernil sortait juste de l’immense tente d’Anverion, avec l’air morose qui lui devenait habituel. Elle parvint tout de même à saluer Geneio et Aldanor avec un peu d’entrain, mais retomba très vite dans le marasme.

– Êtes-vous de service ce soir, Nevjernil? lui demanda son amie d’une voix douce. Voilà bien trop longtemps que je suis privée de votre thé!

– Pour ce soir, à vrai dire, j’inclinerais à des boissons un peu plus corsées. Mais Son Altesse m’a confié quelques… tâches dont je ne viendrais pas à bout en moins de deux heures.

– Et bien, ce sera trop tard pour le thé, mais parfaitement adapté pour le reste! Passez me voir quand vous aurez fini, si vous voulez.

La guerrière accepta spontanément, et repartit d’un pas un peu plus alerte vers la tente qu’elle occupait encore. Pour le moment, songea-t-elle. À la prochaine halte, c’est dans le pavillon de feu Diwalth qu’elle devrait s’installer. La promotion que venait de lui annoncer le Roi ne l’avait guère surprise; l’Idée l’avait informée qu’elle soutiendrait sa montée en grade dès que le corps de l’ancien Commandant du régiment royal avait disparu dans un coude de la rivière. Devant le monarque comme devant la Qiz Şiçind, elle avait parfaitement récité un beau texte sur l’honneur qu’on lui faisait et tout le dévouement qu’elle mettrait à en être digne, en masquant soigneusement sa répulsion à occuper le poste. Elle savait bien qu’elle ne le méritait en aucune façon, et que seules la sanction barbare infligée au Seigneur Diwalth par l’un et les intrigues de l’autre lui avait valu son avancement. Qu’allait-elle pouvoir écrire à sa mère, à Rymdir? Serait-elle fière de savoir que sa fille avait reçu un titre prestigieux par le meurtre et le complot?

Mais elle n’avait pas les moyens de le refuser, de toute façon, et devrait le souffrir comme le reste. Et puis, au moins, cette nouvelle place lui permettrait de mieux protéger son amie, en détournant d’elle la vigilance de l’Idée, tenta-t-elle de se rasséréner. Mais elle comprit, au même instant, que le Roi avait sans doute utilisé contre elle la même manœuvre. Il espérait probablement que ses nouvelles responsabilités l’éloigneraient d’Aldanor, et faire perdre à sa victime de prédilection son pauvre soutien. On verra ça, Votre Altesse, grommela-t-elle pour elle même en rentrant sous sa tente.

Le soutien apporté par Nevjernil à sa poupée n’importait guère à Anverion, même si elle avait deviné juste concernant une partie de ses intentions. Il savait que les deux femmes étaient proches, et que la Capitaine Horvà pourrait non seulement découvrir leur trafic, mais avertir Aldanor contre lui comme une bonne amie inquiète et vertueuse. Sa nouvelle Commandante aurait bien moins le loisir de prendre conscience de la situation et d’étourdir son jouet de sages conseils, désormais. Elle lui avait été de plus chaudement recommandée par une partie de ses Conseillers, et malgré son peu d’ancienneté, sa bonne naissance et ses états de service en faisaient une candidate convenable, et la meilleure option parmi les capitaines du régiment royal entre lesquels il avait à trancher. Elle choisirait elle-même au sein de son ancienne compagnie un nouveau Capitaine, et il annoncerait leur nomination demain matin, pendant la tournée d’inspection qu’il avait programmée.

Il tendit la main vers sa pile de rapports, mais revint tout d’un coup à l’étui dans lequel il avait déposé ses instructions concernant la protection de son frère et de son oncle. Il avait hésité à faire usage de l’écrin rouge impératif, mais il ne souhaitait pas que ses dispositions soient connues au Palais, et certainement pas par sa mère qui mettrait tout en œuvre pour surprendre le contenu d’une boîte d’urgence. Il devrait confier ce rouleau à un messager de confiance, rapide et discret, qui ne le remettrait qu’à Son Excellence en personne loin des regards curieux. En relisant la lettre qu’il avait rédigée pour son Auguste Tonton, il se surprit à espérer que les formulations seraient assez élégantes au goût d’Ascanthe, qui ne pouvait pas encore s’empêcher de reprendre les tournures les moins raffinées de son divin neveu, puissant monarque couronné de trente ans.

– Et ben j’en ai jusqu’aux œufs, moi, lança un Mektaion boudeur à son oncle, à plus de trois mille lieues de là.

– Je vous demande pardon, Votre Excellence? Peut-on savoir d’où vous vient ce style?

Le prince baissa une tête penaude devant la réprimande, et murmura.

– C’est Nitza qui dit ça. Ça veut dire j’en ai marre, expliqua-t-il.

– Dame Oulichnitza s’exprime comme elle l’entend, mais vous-même allez parler avec plus de dignité.

Ascanthe atténua un peu sa voix sévère pour continuer.

– Tu peux dire que tu es las, par exemple, mon neveu. Cela se prête bien mieux à ta voix.

– Et ben je suis las. Las las las, et tra la la!

Il croisa les bras et se renferma, pendant que son oncle se laissait aller dans son fauteuil en contemplant le malheureux.

– Je sais, Mektaion, soupira-t-il. Et je partage ton sentiment. Mais il n’y a rien de nouveau dans le fait que ton frère se doive avant tout à sa charge, n’est-ce pas?

– Mais je croyais qu’il reviendrait à l’automne! Il avait dit qu’il essaierait, et maintenant, tu dis que non!

– Son Altesse avait pourtant été bien claire sur ce point, si tu te souviens? Si les circonstances le lui permettaient, il pourrait éventuellement retourner pour quelques temps au Palais durant l’hivernage de son armée. Mais je l’ai entendu maintes fois te répéter que cela restait un projet extrêmement incertain.

– Voui.

– Or il se trouve que les événements de la guerre ne s’y prêtent pas. Mon neveu… Je sais que tu t’ennuies, que tu t’inquiètes beaucoup et que ton frère te manque encore plus, mais il est Dieu et Roi de la terre et il appartient en premier lieu à son royaume.

– Pourquoi le royaume veut pas le laisser tranquille? répliqua Mektaion. Si personne ne faisait la guerre, il n’y aurait pas la guerre et il pourrait rentrer.

– Il y a là une logique indubitable, s’amusa le vieux prince. Mais c’est justement pour ça qu’il est parti, vois-tu. Pour expliquer à ses ennemis en quoi c’est une très mauvaise idée de se soulever contre lui. Quitte à devoir faire usage de la force.

– Comment ils vont pouvoir comprendre que c’est une mauvaise idée s’ils sont morts?

– Disons qu’au moins cela le fera comprendre aux autres. Et ceux-là ne recommenceront pas, comme ça. Mais je t’assure qu’Anverion n’est pas parti combattre pour le plaisir.

– Si. Il aime bien tuer des gens, mon frère. Et je suis sûr qu’il reste juste pour ça!

Ascanthe avait depuis longtemps embrassé les singularités de la personnalité de ses neveux, et s’en satisfaisait sans problème et sans les méconnaître.

– Tu n’as pas complètement tort. Mais je te promets qu’il ne reste pas juste pour ça, comme tu crois. L’affection de Son Altesse pour le carnage est certes établie, mais bien moins grande que celle qu’il a pour toi.

– J’aurais du aller faire le carnage avec lui, alors, déduisit le grand enfant.

– Il se serait bien moins amusé en ta présence, je pense. Il aurait eu tant d’inquiétude pour toi qu’il n’aurait même pas profité des combats. Je t’assure qu’il a fait au mieux pour tout le monde, pour toi comme pour le reste de son peuple, et qu’il faut non seulement l’accepter, mais lui en rendre grâces.

– D’accord. Mais quand même, j’en ai… je suis las.

La suite…

Les héraults du roi

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