Chronique: À la Frontière du Vide : 1. Ceux qui hantent la nuit

À la Frontière du Vide : 1. Ceux qui hantent la nuit

Auteur : Sarah Lutèce

Éditeur : Éditions Pyrélion

Date: À paraître (prévu pour fin 2021)

Genre: Fantasy-steampunk / Horreur

Gare à vous, M’sieurs Dames, Ceux qui hantent la nuit arrivent. Viennent-ils pour piétiner le monde dans une sarabande effrénée, semer les germes macabres du chaos, réduire à néant toute vie et tout intellect, ne laissant derrière eux que le vide débordant sur la berge (ignominieux jeu de mots que mon adjudant-chef examine encore) ?

Résumé :

Liam mène une vie paisible dans la charmante cité de Telemnar, blottie au cœur des vallées verdoyantes de l’île d’Aia. Mais tout bascule le jour où, pour aider son père, il doit enquêter sur une mystérieuse femme défigurée, retrouvée pendue dans la cathédrale de la ville.
Pour les deux hommes, il ne fait aucun doute que sa mort est due à l’apparition de l’Aura noire, un mal inconnu qui s’insinue dans les terres de l’empire et qui change en créatures difformes tous les êtres qu’il infecte. Mille questions surgissent alors, parmi lesquelles : qui est cette femme ? Et qu’est-ce que la Noranaï, cette guilde oubliée à laquelle elle semblait appartenir ?
Peu à peu, d’étranges phénomènes se produisent autour de Liam. Bien malgré lui, le jeune homme comprendra que son destin est étroitement lié à l’Aura noire, et qu’il devra être prêt à tous les sacrifices pour en percer le secret.

Une fois n’est pas coutume, je vais préambuler en vous touchant un mot de l’esthétique, toute d’élégance sobre, de recherche, depuis la splendide couverture jusqu’aux détails des polices d’écriture et aux illustrations qui ornent chaque chapitre. Je ne l’ai lu qu’en numérique, mais le soin apporté à l’ensemble en fera un petit bijou pour orner vos bibliothèques.

Et cette touche de classe se retrouve également dans la plume de Sarah Lutèce, avec une langue fluide, atteignant le parfait équilibre entre recherche et efficacité, dans la prose et les dialogues. Ces derniers, particulièrement ciselés, sonnent non seulement justes, mais vrais, dans l’adaptation aux intonations spécifique de chacun des personnages, et sont nimbés d’un humour subtil, voile de dentelle déposé sur l’ensemble pour ne pas lénifier l’ambiance générale, avec une efficacité admirable.
« — Et une fois de plus, j’hésite à applaudir ton sens de la déduction, ricana **** en croisant les bras.
Le capitaine se tourna vers lui, l’air grave :
— Mais… T’as plus qu’une main, p’tit, tu ne peux plus applaudir… lui fit-il remarquer avec flegme. »

Quant aux descriptions, elles sont administrées en juste dose, ni excessives, ni insuffisantes, un brin poétiques parfois, délectablement glauques souvent. Comme on a toujours besoin d’un peu de lyrisme, je choisis d’illustrer mon propos avec cette citation : « Chaque bâtiment, chaque maison, s’agençait dans le paysage d’une façon singulière mais toujours parfaite. Rien ne détonnait. Les toitures en pointe des plus anciennes habitations se mêlaient aux pitons de roche bleutée qui affleuraient sur les versants des reliefs. Plus bas dans la plaine, de coquettes maisons bourgeoises en bois clair s’enorgueillissaient de leurs façades finement charpentées. »

Dès le prologue (un étranger pénètre dans une taverne), le doute n’est plus permis. On est dans de la fantasy mâtinée de steampunk, (généreusement) saupoudrée d’horreur, comme je l’aime, on sent déjà la poudre, le sang et le bois vermoulu. On a juste le temps de recevoir la tonalité avent une déferlante d’action, qui n’oublie pas, en plus d’une nouvelle inflexion qui frôle l’horrifique, de poser les bases de l’univers.
« En une fraction de seconde, l’homme saisit son fusil par le canon, le fit tournoyer au-dessus de sa tête et abattit la crosse sur la tempe du monstre, qui alla s’écraser contre une table. »

Car oui, ici, sortilèges et gros calibres se font parfaitement écho, tout comme académies et cathédrales dansent une valse au tempo impeccable. L’introduction des personnages et de la fameuse Aura noire (ranav’ avec le groupe de Black Metal satanoïde… quoique) « Cette même Aura noire qui plongera les mondes dans une nuit profonde et inéluctable. » est menée de main de maître, tout comme sont posées les bases de l’intrigue principale, scénarisée de subtilités en évolutions inattendues.

C’est un scénario prenant qui laisse toutefois de la place aux approfondissements sur les lieux, les caractères, l’histoire de son monde, sans compter d’autres mystères de toute nature. Même les détails sont fignolés, depuis les recettes médicinales jusqu’au goût particulier du café blanc (à ne pas me mettre sous le nez sous peine de m’y noyer sans rémission).

On est entraînés dans une multiplicité d’ambiances qui se succèdent, tour à tour romantiques, brutales, horrifiques, ou légères. Multiplicité qui n’empêche pas des enchaînement très fluides, emportés avec Liam dans sa soif de savoir, ses élans de caractères et le tourbillon des événements. « La peur, doublée du choc consécutif à ce qui venait de se dérouler sous ses yeux, le poussa à fuir. C’était viscéral. Il fit volte-face, incapable de lutter contre cette terreur qui brouillait ses sens et le ralentissait »
Liam, personnage central, n’est pas un héros de fantasy conventionnel : ses doutes et ses faiblesses le rendent plus attachant qu’admirable. Aucune négligence non plus au sujet des personnages secondaires, chacun avec sa psychologie, son passé, son mode d’expression, ses valeurs. Car l’univers de ce premier tome est loin d’être manichéen : les frontière entre bien et mal demeurent floues, sujettes à un questionnement perpétuel.

Dans ce monde fourmillant, les épées magiques côtoient les mitrailleuses, les calèches défilent sous les aéronefs. On accepte avec enthousiasme le postulat assez original d’une magie qui ici s’unit souvent à la technologie, car il n’entraîne pas d’incohérences majeures grâce au soin particulier apporté aux règles de fonctionnement de celle-ci. « Le filet d’or lévita au-dessus de sa paume, à l’image d’un charmant serpentin qui ondulait et glissait avec élégance. Le jeune inventeur l’insuffla à une petite sphère d’airain, surmontée d’une hélice qui s’activait au fur et à mesure. »
Il se complète d’un bestiaire et d’une nature prodigieux, parfois merveilleux, plus souvent hostiles, mais toujours pétris d’inventivité, puisés parfois aux sources de mythologies variées mais toujours réinterprétés avec talent: « ces monstruosités qui se mouvaient et se rassemblaient à la surface de l’eau. Les nidgarms s’y répandaient en une couche de substance brunâtre qui accrochait quelques éclats irisés, pareille à une nappe d’hydrocarbure »

Mais ce récit ne s’attarde pas en inventions et en atmosphères. C’est aussi et surtout un roman où l’action s’enchaîne parfois précipitamment, de combats en course-poursuites palpitants, dont je salue la mise en scène percutante. « Elle esquiva un coup de masse et planta sa lame dans une carotide avant de plonger entre deux hommes qui avaient essayé de l’attraper. »

Enfin, c’est également un roman d’errances, géographiques certes, mais aussi physiques comme psychologiques, axé sur la pénible acceptation de la différence, des siennes comme celles des autres.

Ceux qui hantent la nuit m’ont mis une magistrale claque inédite dans les dents, moi que l’adjudant-chef y a pourtant habituée, mais d’un genre bien plus jubilatoire.
Dans les échos des prophéties, le fracas des révélations, les trémolos des rebondissements, ce premier tome est un opus captivant et frénétique, qui prend le temps de construire l’univers d’une saga multi-facettes, promesse d’innombrables et passionnantes heures de lecture.

En effet, ce n’est pas une, mais deux trilogies qui vous attendent au sein du Culte des Abysses, ce sont  »Deux histoires, deux univers, qui finiront par se rejoindre selon la volonté des dieux anciens. »

Et selon la nôtre également, car l’édition de Ceux qui hantent la Nuit et son parallèle Le Dieu sans Nom, par Roman Lutèce (chronique ici) fait actuellement l’objet d’une campagne Ulule que même mon adjudant-chef vous invite à soutenir en contribuant et/ou en partageant, sur laquelle vous trouverez toutes les infos utiles !

Tom Larret

Les héraults du roi

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