Chronique: Le Dieu sans Nom : 1. La Main des Anciens

Le Dieu sans Nom : 1. La Main des Anciens

Auteur : Roman Lutèce

Éditeur : Éditions Pyrélion

Date: À paraître (prévu pour fin 2021)

Genre: Steampunk-fantasy / Horreur

Le nom de cette saga pose d’ores et déjà moult interrogations. Pourquoi le Dieu sans Nom n’a pas de nom ? Si on l’appelle Le Dieu sans nom, est-ce qu’on ne pourrait pas dire que Le Dieu sans Nom est son nom, non ? Et du coup, dit-il toujours oui ? Autant de questions auxquelles cette chronique ne répond pas, mais en revanche vous propose d’autres découvertes bien plus captivantes. Attrapez La Main des Anciens, serrez bien fort, on est partis.

Résumé :

Capitaine de l’armée impériale Asgarthienne, Ilas de Rayel est un homme valeureux et difficile à impressionner. Pourtant, rien ne l’avait préparé à cette expédition dans les terres inexplorées du Nevestin.
Au cœur de ces sinistres contrées, il lui faut s’associer à quatre compagnons triés sur le volet pour retrouver le professeur Lake, une savante mystérieusement disparue au service de l’Empire. Mais des forces séculaires et innommables sont à l’œuvre sur ces territoires hostiles. Elles murmurent dans le noir, et Ilas devra rassembler tout son courage pour ne pas succomber à leur appel, qui résonne depuis les tréfonds du monde.

Cornegidouille de palsambleu alors ! Oui je jure comme Aliénor d’Aquitaine après les innombrables savonnages de gencives de mon adjudant-chef pour pallier à la verdeur passée de mon vocabulaire. Mais croyez-moi, voilà un premier opus qui mérite bien mes interjections tarabiscotées !

Décidément, les Éditions Pyrélion ne font pas les choses à moitié en terme de finitions esthétiques pour cette collection du Culte des Abysses. Depuis la couverture jusqu’aux polices en passant par les illustrations propres à chaque chapitre, elles nous offrent de véritables petites merveilles visuelles que je suis impatiente de tenir entre mes mains. (Pour le moment, je me contente du format numérique, mais je vous promets que ceux-là rejoindront ma bibliothèque tôt ou tard*).

La plume est tout aussi élégante, riche d’un vocabulaire étoffé et précis, sans le moindre mot superflu, au service du triumvirat sacré formé par l’intrigue, l’ambiance et l’action. De même, les descriptions ont cette appréciable sobriété qui n’entravent pas l’imagination tout en peignant habilement décors et atmosphères.
« À son passage, la lumière dissipait les ombres qui s’accrochaient aux arbres, mais y dessinait des visages fantomatiques et terrifiants. Ces faciès noueux les dévisageaient, les observaient marcher dans la boue, sans les quitter de leur regard torve. »
Ainsi, rien ne vient ralentir le rythme soutenu de l’œuvre, bourrée de péripéties. L’abondance de scènes mouvementées et palpitantes ainsi que de retournements de situations inattendus vous empêchent de lâcher le livre avant la dernière page.

Vous l’aurez compris, on est dans une lecture très sombre, effrayante et brutale, mais qui s’abstient de toute dégoulinade de boyaux superfétatoire. La violence évoquée ne glisse jamais dans le gore pour le gore imbu d’autosatisfaction, c’est mesuré et précis, et vous ne finirez pas tout verts la tête dans la bassine en appelant votre adjudant-chef. Quelques moments plus lumineux viennent toujours à point nommé alléger l’atmosphère.
En revanche, certains passages écrits de main de maître ne se contenteront pas de vous donner des frissons, mais vous transiront d’un froid à faire geler votre âme. Rien que ça.

L’univers est centré autour d’un empire militariste dont la devise a tiré des larmes d’émotion à mon adjudant-chef. « Un Empire fondé sur les armes se soutient par les armes. »
La coloration steampunk prédomine largement, beaucoup d’objets et de concepts familiers nous aident à trouver nos repères et accentuent encore le contraste avec les situations qui relèvent du domaine de l’horreur et du fantastique.

On suit principalement le personnage d’Ilas, présenté en début de roman comme le parfait soldat : On suit principalement le personnage d’Ilas, présenté en début de roman comme le parfait soldat : « vous, capitaine de Rayel, votre bravoure et votre foi inébranlables vous ont fait connaître dans toute l’armée impériale » mais qui est rapidement dépeint comme plus complexe qu’une simple marionnette en uniforme aux valeurs absolues. Ses certitudes évoluent au fil du texte, et la plupart sont brutalement remises en question.
Ilas est entouré par un quatuor aux caractères très différents, soulignés par leurs niveaux de langage, leurs modes d’expression et leurs attitudes qui permettent de les cerner sans pour autant lasser le lecteur en d’interminables et abscons portraits psychologiques. Tous ont leurs ambiguïtés, et entretiennent un rapport personnel aux grands concepts du monde. « Ah, vivement qu’on rentre chez nous. J’en peux plus de boulotter des trucs dégueux…Heureusement qu’il y a de la bière ! »

Parmi ces concepts, hormis la bière qui surclasse tout mais c’est un avis personnel, deux se distinguent :

La religion de l’empire est organisée en un culte monothéiste voué à la déesse Arhnam, bienveillante et Mère-Créatrice, idole prétendument universelle. Elle inspire une foi puissante à ses nombreux fidèles, qui la représentent comme comme omnipotente, pourvoyeuse de joie et de lumière, source de miséricorde. Pourtant cette foi se verra, vous vous en doutez, remise en question par l’existence de contrées inexplorées d’où émane la croyance dans le Dieu sans Nom…
La religion telle que l’auteur la structure n’entre pas en confrontation, avec la seconde thématique transversale, celle de la science.

Savoir et technologie sont ici très détaillés, et au point de départ de l’intrigue principale. Des références pointues émaillent le récit, lui donnant de l’épaisseur et de la cohérence. Je tiens à saluer bien bas l’étonnant travail de recherche effectué par l’auteur. Exemple ? « Œil de vermeil et écorce de saule bleu (…) Ça ralentira la progression du poison et ça calmera la douleur ». Il s’agit là du Myroxylon balsamum (baumier du Pérou) associé au Salix alba ‘Coerulea’ (le fameux saule bleu) dont la symbiose a des effets anti-spasmodiques et antalgiques non négligeables. Et le texte regorge de plaisantes perles d’érudition du genre.
À cela enfin s’ajoute une forme de magie latente, rarissime et inexpliquée, que le livre effleure, liée à un minerai mystérieux, l’’Æther dont l’exploitation par contre est au cœur de l’intrigue.

Les personnages dans cet univers rencontreront des obstacles aussi innombrables que variés, nantis d’une délectable logique dans leurs choix et les conséquences qui en découleront. Cette cohérence peint des tableaux réalistes, et rend l’adhésion plus facile à univers peuplé d’horreurs biscornues et horrifiantes, animales, végétales, mécaniques voire pire encore. « C’était un bourreau, un porteur de mort dont chacun des appendices grossièrement conçus se terminaient en un éventail de longues lames effilées et rouillées. »
En sus des créatures atroces, les héros affronteront la maladie, les plaies, la démence et les éléments, mais leur plus grande difficulté restera toujours celle du maintien de l’unité, face à la méfiance, les secrets, la manipulation et les préjugés. « Cette hypothèse commença à le ronger comme un acide. »
Car ils réaliseront bien vite avec nous que les pire des monstres de la terre sont sans doute ceux à visage humain…

À l’instar de son œuvre parallèle À la frontière du vide (ma chronique ici), voici donc un roman complexe, foisonnant, riche d’ambiguïtés et d’atmosphères noires, qui m’a encore une fois déboîté la mâchoire d’admiration. Si l’ensemble du Culte des Abysses, qui verra se rejoindre les deux sagas de Sarah et Roman Lutèce, continue sur cette lancée, je vais finir défigurée. Je ne regretterai rien.

Faites de moi à la fois une œuvre de Picasso et une lectrice heureuse, et soutenez ou partagez la campagne Ulule pour l’édition de cette collection.

Tom Larret

Les héraults du roi

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