Ça me prend comme ça…

Parfois j’éprouve moi aussi l’idée saugrenue d’arracher à mes doigts un texte de ouate-mille caractères à jeter à l’assaut de vos flux WordPress, mais souvent, je m’abstiens devant la foultitude de sujets potentiels à traiter ainsi. Lequel choisir ? Le long hululement de désespoir de l’artiste incompris, divinement embrassé dans les chaînes d’une inspiration née hors de ce monde fait toujours mouche, mais à mon humble cas ne s’applique aucune de ces épithètes. Un peu d’authenticité, bordel, que je me dis.

Ou bien je pourrais éructer un vitriol nauséabond à grands jets, giclant de mon clavier pour dégouliner sur vos écrans à en souiller jusqu’à vos âmes. C’est toujours rigolo. La haine est un des meilleurs divertissements qui soit, pour l’auteur comme pour le lecteur. Mais si je ne crains pas d’en attiser les flammes sur ma modeste personne, en revanche, j’ai encore une fois assez peu d’étincelles propres à acidifier mon fiel. Je suis un putain de bisounours, mes amis.

Alors l’amour ! Dans son absolu teinté d’infini, et réciproquement ! L’amour éperdu, imperturbable dans les plus grandes tempêtes ! L’amour qui est la mort, qui est amer (ce qui fait de toi Éros si tu lis à voix haute) ! L’amour qu’on a tant et plus peint d’inqualifiable délice ! Mais le fait est que je suis d’une nature bien trop flegmatique pour m’exalter à ce point avec sincérité. Quand on aime relativement tout le monde, on n’aime beaucoup personne.

Mais pourquoi ne pas me tourner vers Himéros et pondre un œuf salé ? De descriptions charnelles en jouissances débridées, voilà qui devrait faire éjaculer des likes comme nulle fois auparavant. Mais las, le sujet a de multiples profondeurs à offrir, trop abyssales parfois pour s’y risquer en une unique brève. Quitte à parler de fesses, autant y consacrer des pages entières, flûte !

Dans ce cas, les sujets de société, les brûlants torchons de l’actualité qui appellent, que dis-je, qui hurlent au pamphlet blasphématoire, à la diatribe virulente, à la philippique ! N’y-a-t-il pas là matière ou à se réjouir en chœur, ou à vous faire bondir d’indignation sous les piqûres corrosives de mes ignominieux avis ? Rien que d’écrire piqûre, déjà, je vous sens frémissants. Calmons-nous tous, on frémira d’autre chose, j’ai arrêté BFM et FranceInfo depuis des lustres. Je suis parfaitement et sereinement ignorante de tout ce qui se passe ou presque dans le vaste monde.

En dernier recours, je pourrais offrir une part de moi, un instant de vie que j’arracherais à la vertigineuse et inéluctable avancée du temps, pour le graver en pixels dans l’éternité toute relative de votre historique de navigation? Un petit morceau d’existence à déguster autour d’un mojito (j’ai une passion pour le mojito), pour vous laisser tout le loisir de comparer, sans mesquinerie aucune, je vous connais, nos réalités et nos moments. Je ne suis pas cependant certaine que vous en ayez grand-chose à battre.

Non, réellement, à part pour dire que je n’ai rien à dire, je manque d’inspiration.

Tom Larret

Les héraults du roi

7 commentaires sur « Ça me prend comme ça… »

  1. En voilà un texte original et singulier pour dire ton manque d’inspiration ! Il me semble bien inspiré à moi, ce texte. J’aime bien comment tu balaie d’un revers de main tous les « sujets » potentiels (et classiques) de toute production littéraire.
    « En dernier recours, je pourrais offrir une part de moi […] Je ne suis pas cependant certaine que vous en ayez grand-chose à battre » : je ne suis pas certaine que chaque auteur ayant livré une part de lui au grand public de soit posé cette question…

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    1. J’avoue que tu as raison, peut-être est-ce moi qui m’en pose trop, de questions ? Encore une question, voilà! Après je ne critique pas ceux qui « livrent une part d’eux-même », ce sont plutôt les auteurs à tendance limite exhibitionniste qui m’agaçent !

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      1. Je vois tout à fait ce que tu veux dire et je te rejoins totalement.
        A mon avis, c’est plutôt toi qui est sur le bon chemin avec toutes tes questions, même si ça bloque l’inspiration. Pas d’écrit sans questionnements préalables. Surtout quand il s’agit de raconter une part de soi : comment pourrait-on se lancer sans se demander « pourquoi, pour quoi et pour qui » ?
        Certains auteurs qui se lancent dans l’écrit personnel oublient parfois que leur texte sera lu par un public, en tant qu’objet littéraire et non pas un journal intime…

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      2. Exactement! D’où la question de l’intérêt du public pour tel ou tel pan de la vie de celui qui la partage comme objet littéraire. Si la couleur de mes chaussettes n’a pas vraiment d’impact sur le reste du texte, pourquoi irais-je agiter mes doigts de pieds entortillés de laine mauve sous le nez des lecteurs ?

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  2. Bonjour,

    Donc tu as des chaussettes mauves : voilà un détail sur lequel nous pouvons déjà broder (enfin, tricoter serait plus approprié puisqu’il s’agit de laine). Car le diable se cache dans les détails, dit-on. Or, si le diable est dans tes chaussettes, on comprend mieux ta plume chatouilleuse et le rire acide qui parfois jaillit entre les lignes. La couleur mauve est quant à elle évocatrice. On peut déjà dire qu’elle n’est ni rouge, ni bleu ni verte, ni pas mûre, ce qui exclut un certain nombre de possibilités-dont je ne ferai par l’article, par souci de clarté. On suppose néanmoins que le diable aurait préféré être dans des chaussettes rouges. Ce qui doit le mettre dans une position assez inconfortable. D’ailleurs, le mauve oscille entre le lilas et le violet, il est donc un entre-deux. Si le diable est dans une position inconfortable, style purgatoire, il ne doit plus savoir à quel saint se vouer. Il est finalement comme nous face à certains sujets épineux, tels que les vaccins (ben oui ça pique) ou l’espionnage des cellulaires (ça pique pas mais c’est quand même désagréable).
    Voilà. Comme quoi, à partir d’un détail, on peut dire beaucoup de choses sans intérêt.

    Cordialement,
    Aurélien

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    1. Une belle démonstration étincelante d’érudition et rigoureusement scientifique que j’applaudis des deux mains !

      (PS: Bravo pour ta nouvelle Praxel Théorie que j’ai lue tout à l’heure, et qui m’a beaucoup plu, mais je n’ai pas trouvé la section commentaire pour te le signaler. J’applaudis des deux pieds, vu que j’ai déjà les mains occupées.)

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  3. Oh merci et merci infiniment, que les dieux et les diables – ou n’importe quelle instance supérieure disponible- te bénissent et fassent de ta vie un enchantement ! Il faut que je regarde pour les commentaires-j’avoue mon incompétence, informatiquement parlant.

    Aimé par 1 personne

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